Flirt avec les baleines

À la découverte des baleines pilotes à Ténériffe

Auteure

Magdalena Ostojic

Elle a fait son premier voyage à 11 mois : dans une Ford Taunus vert menthe, à travers toute l’ex-Yougoslavie. Après des études de journalisme à l’École supérieure de sciences appliquées de Zurich ZHAW, elle a travaillé en tant que rédactrice pour Viva Suisse, Ron Orp et le journal Jungfrau Zeitung. À cette époque déjà, elle troquait son stylo contre un uniforme de guide pour accueillir des voyageurs en République dominicaine, aux Maldives et au Mexique.

Baleines pilotes et capitaine de caractère...

De nombreuses baleines pilotes ont élu domicile dans les eaux situées entre Ténériffe et La Gomera. J’ai rencontré ces cétacés extraordinaires à l’occasion d’une excursion en mer... et fait la connaissance d’un capitaine de caractère.

Assis sur un mur de pierre chaud près de la jetée, j’attends. Nous sommes en février. Les rayons du soleil percent à travers les nuages floconneux, mais il fait encore un peu froid pour se promener en débardeur – ou sortir les tongs. En observant le ballet des crabes rouges sur les pierres en contrebas, je suis bien content d’avoir opté pour des chaussures fermées. J’apprécie la vue sur les eaux turquoise, le clapotis à peine perceptible des vaguelettes, l’odeur du sel mêlée à celle du carburant. L’atmosphère typique d’un port. Les montagnes forment un cadre autour de San Eugenio et du port de Colón. Puis-je discerner le volcan de là où je suis ?

Un brouhaha me tire de ma rêverie. D’autres touristes arrivent et s’assoient à mes côtés sur le mur de pierre. En débardeur et en tongs. Une guide touristique fait son apparition et nous accueille avec de grandes effusions avant de nous guider vers notre yacht à voile. Elle rassemble nos chaussures, nous indique nos places pour faire la photo, lance un «Cheese» et c’est dans la boîte! Nous nous éloignons tout doucement. La guide reste sur la jetée et nous fait signe de la main. «Bonne chance, ouvrez bien grand les yeux!» Sa silhouette se fait de plus en plus petite puis finit par disparaître totalement, alors que nous quittons le port en direction du large. Le capitaine, tout droit sorti d’un livre illustré, reste un moment à la barre sans dire un mot, le regard perdu au loin. Puis il se présente. Il s’appelle Andrzej et vient de Pologne. Ses amis capitaines de Ténériffe le surnomment «Salsa». Parce qu’il aime danser la salsa, dit-il en dévisageant d’un air coquin les dames présentes sur le bateau. Cela ne fait que trois ans qu’il habite à Ténériffe. La sédentarisation n’est pas chose facile pour quelqu’un qui a passé toute sa vie à naviguer sur les eaux du monde entier. À 18 ans, il a commencé sa carrière comme moussaillon avant de gravir les échelons pour devenir capitaine. Il affirme être allé partout: mer de Béring, détroit des Falkland, mer du Labrador, Afrique du Sud, Sénégal... Je lui donne une soixantaine d’années. Lorsqu’il a besoin de changer d’air, il se réfugie sur l’île d’en face à La Gomera. Les gens y seraient plus sympathiques, la cuisine plus savoureuse et les paysages encore plus pittoresques qu’à Ténériffe. Et après 17h – heure de départ du dernier ferry – tous les touristes d’un jour ont déserté. Il aime beaucoup côtoyer les touristes dans son travail, mais il a parfois besoin de prendre du temps pour lui.

Alors que nous poursuivons notre avancée sur l’océan, l’eau devient plus sombre. La profondeur de l’eau atteint 2000 mètres dans le détroit entre Ténériffe et La Gomera. Et c’est là que batifolent jusqu’à 500 baleines pilotes tout au long de l’année. Elles peuvent mesurer jusqu’à huit mètres de long et peser trois tonnes. La nuit, elles cherchent de la nourriture au fond de la mer et le jour, elles remontent à la surface pour se reposer. L’augmentation croissante des excursions d’observation des baleines organisées au large de Ténériffe et le nombre important de bateaux, facteur de stress pour les cétacés, ont poussé les autorités à rédiger de nouvelles directives à l’égard des prestataires de tourisme. La distance vis-à-vis des baleines ainsi que la fréquence des tours sont désormais réglementées.

Andrzej contacte ses collègues par radio et observe l’écran devant lui. «C’est ici qu’elles doivent être», annonce-t-il en montrant une croix rouge. Il improvise une formation accélérée pour expliquer à notre petit groupe toutes les informations qu’il reçoit sur son écran: vitesse tout au long du parcours, profondeur de la mer et force du vent. Avec le recul, ce qui me fascine le plus, c’est cette boussole traditionnelle en forme de boule qu’Andrzej a sorti comme par magie de son coffret. «On peut toujours lui faire confiance», affirme le capitaine.

Soudain, il coupe le moteur et nous dérivons pendant un bon moment. Malgré le soleil, le temps reste frais et le vent nous cingle le visage. Sur le bateau règne un mélange de calme et d’excitation. Tous attendent d’apercevoir la première baleine. Mais il ne se passe rien pendant de longues minutes. «Là!», «Ah non, fausse alerte». Une dame demande s’il arrive que les cétacés ne se montrent pas. Le capitaine la rassure et lui demande d’être patiente. Il faut encore attendre. Un couinement se fait entendre et je crois d’abord que le bruit provient des voiles. Andrzej nous fait signe de ne pas faire de bruit. Puis le bruit se répète. Cette fois, c’est la bonne. Elles sont tout près. Le capitaine nous indique la droite du voilier et nous voyons de l’eau qui jaillit comme une fontaine, un «panache d’eau», en jargon marin. Puis, sorti de nulle part, un corps sombre apparaît à la surface tout près de nous, avant de replonger dans le grand bleu.

La baleine pilote nage parallèlement à notre yacht et je vois clairement sa nageoire dorsale. Elle se montre furtivement, plonge de nouveau puis disparaît. À bord, l’atmosphère devient plus légère. Mes yeux parcourent à nouveau la surface de l’eau à la recherche d’une tache sombre mais je ne la vois plus.

Entre temps, Andrzej a détecté un nouvel endroit propice. Il rallume le moteur et met le cap sur notre prochaine cible. C’est notre jour de chance: nous apercevons devant nous plusieurs cétacés. À l’image de champions de natation synchronisée, ils approchent ensemble de la surface et replongent en parfaite harmonie. Des va-et-vient constants. C’est un peu comme si les baleines dansaient. Le capitaine nous confie que les baleines pilotes vivent en général en groupe et s’orientent en suivant le mâle dominant. Je crois repérer que l’une des baleines est plus imposante que les autres et me dis que ce doit être le chef de file. Le doux bercement du bateau, le calme de la mer et la concentration qui règne à bord invitent à la méditation. L’observation de ces animaux en liberté a quelque chose de majestueux. Je suis si heureux que je ne peux m’empêcher de sourire. Nous avons passé presque deux heures près des baleines en pleine mer, et nous sommes reconnaissants de l’existence de ces mammifères marins fascinants. J’oublie le monde qui m’entoure et je plonge dans un univers complètement différent. Après un moment qui semble avoir duré une éternité, nous repartons en direction du port. Et je reviens doucement à la réalité en m’approchant de la terre ferme.

De loin, j’aperçois la guide touristique qui nous attend sur la jetée. Nous descendons, le sol paraît encore se dérober sous nos pieds et mon visage me cuit. La guide nous accueille à nouveau avec enthousiasme et nous remet à chacun notre photo souvenir dans la main, avec un prix plutôt exorbitant. Je l’achète quand même. De retour à l’hôtel, je m’installe confortablement dans mon canapé et je me remémore une nouvelle fois les événements de la journée. L’eau, le soleil, et cette rencontre avec les baleines m’ont laissé un sentiment de fatigue agréable. Je fixe cette photo hors de prix et je remarque avec satisfaction qu’au moment où elle a été prise, je n’avais pas encore de coup de soleil sur le visage.

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