Rumba, rhum et révolution

La Havane est une capitale festive

Auteure

Stefanie Rigutto

Stefanie Rigutto est reporter pour le magazine annabelle et pour le SonntagsZeitung. Depuis sept ans, elle parcourt le monde pour son travail, à la recherche d’histoires passionnantes. Ses reportages de voyage ont été récompensés à deux reprises par le SWISS Media Award, ainsi que par le prix du journalisme pour les Caraïbes dans les médias germanophones. Lorsqu’elle n’est pas en voyage, cette citoyenne italo-suisse résidant à Zurich se met en quête des meilleurs expressos, rédige un blog de voyage sur la Suisse et l’Italie pour annabelle et accompagne les circuits guidés de l’«Italian Food Tour Zurich».

Avec une Chevy dans les clubs

Lorsqu’on sort à La Havane, c’est dans une Chevrolet bleu turquoise datant de 1955. Pas seulement pour une question de style, mais aussi pour ménager sa santé. Dans les taxis étatiques Lada, l’odeur d’essence donne la nausée. 

Dans la Chevrolet du taxista privé, on s’enfonce en revanche dans les coussins en cuir, le moteur ronronne, les accents d’une danzon s’échappent du haut-parleur. L’attention du chauffeur Miguel ne se concentre pas sur la route, mais sur les femmes. Il les interpelle en actionnant le klaxon particulier dont sont équipées ici toutes les voitures. 

Un «Mentira» au bar «Monserrate»

Une soirée de clubbing nous attend. La capitale cubaine est connue pour ces fiestas! Si les Cubains ont appris quelque chose dans la grisaille du socialisme, c’est comment faire la fête. La recette est simple: une bouteille de rhum, de la musique, des amis – et des hanches souples. Nous commençons par un Cuba libre, aussi appelé «Mentira», mensonge, au bar Monserrate dans le vieux Havane, tout près du Floridita, le local de prédilection d’Hemingway. Des lambris de bois foncé montent presque jusqu’au plafond de stuc. Le Monserrate se trouve dans l’un des nombreux edifices coloniaux de La Havane qui tombent lentement en ruine. Franklin, en veston blanc et chapeau accordé, chante un «Bésame mucho» nostalgique. Un orchestre se produit dans chaque bar, restaurant ou club, l’un des rares effets positifs du socialisme dans un pays où les installations stéréo sont rares. 

« Celui qui n’apprécie pas les chansons de Buena Vista Social Club peut immédiatement faire demitour: les morceaux du CD y sont en effet joués sans discontinuer. »

Franklin et l’orchestre interprètent «Chan Chan», accompagnés par les passants qui regardent par la fenêtre ouverte et chantent à tue-tête. Les lumières s’éteignent tout à coup. Panne d’électricité, un fléau courant à La Havane. Toute la rue baigne dans l’obscurité. Seul Franklin continue à chanter, sa voix n’a pas besoin d’amplificateur. Après quelques secondes, la lumière revient.

Le Sábado de Rumba à Vedado

A Cuba, beaucoup de choses font défaut. C’est le «néant quotidien» pour reprendre les mots de l’écrivaine cubaine en exil Zoé Valdés. Mais il y a une chose en suffisance: la musique. La nuit festive commence dès l’après-midi. A Cuba, la fiesta n’a pas d’heure. Celui qui ne peut pas faire du shopping va danser! Chaque samedi après-midi a lieu le Sábado de Rumba dans une rue du quartier de Vedado. Le public est afro-cubain, noir comme la nuit. Les gens sont en tenue de fête, avec des vêtements de marque en voyés par des parents de Miami et du bling-bling, sur le shirt, à l’oreille et sur les dents. L’important est que cela brille. «Oye, rumba!», lancent-ils en se déhanchant. Des enfants qui tiennent à peine debout dansent à côté d’abuelas édentées. Le soleil est éblouissant, on boit du rhum dans un récipient Tetra Pak de 2 dl. L’orchestre bat la cadence et fredonne, une ambiance détendue et pleine d’énergie. 

Il continue au Malecón

Nous longeons le Malecón, la promenade du bord de mer. On y trouve ceux qui veulent fuir la touffeur de leur maison, mais n’ont pas d’argent pour un club, c’est-à-dire la majorité des Cubains. Les autres, ceux qui ont quelques pesos convertibles vont à la Casa de la Música dans le quartier de villas de Miramar. Les orchestres qui s’y produisent sont les meilleurs. La Casa de la Música garantit une bonne musique cubaine et la présence de femmes libérées. En matière vestimentaire, leur règle est celle du moins: décolletés plongeants, minirobes ultracourtes, ventres dénudés. Le groupe culte Bamboleo est sur scène, chante le corazón et l’amor et fait de la Casa une bouilloire de sexe avec des corps frémissants.

« Des belles femmes effrontées et sûres d’elles, voilà ce qu’on trouve à profusion dans le Cuba de Castro.»

 - Pedro Juan Gutiérrez 

Reggaeton, patriotisme et une scène alternative

Cuba est sans doute le seul pays où l’on descend du taxi et où on vous lance: «taxi?». C’est ce qui se passe devant l’hôtel Riviera au bord du Malecón. Dans le club de l’hôtel Copa Room, l’ambiance est toute différente. Le clubbing à La Havane, c’est aussi changer de quartier, de classe sociale. Des rythmes de reggaeton – un mélange de dancehall, reggae, hip-hop et latin – s’échappent des boxes, c’est le son des jeunes de La Havane. Les hommes avec du gel sur les cheveux, des chemises étroites, des jeans déchirés, les femmes avec des petites robes couleur bonbon et des escarpins dorés – difficile de faire plus kitsch. Baby Lores, l’une des stars du reggaeton, est aujourd’hui sur scène, en costume blanc et bien sûr avec des lunettes de soleil (les Cubains trouvent cela cool, sans rire). Le chanteur montre son gros tatouage de Fidel sur le bras. La foule hurle – patriotisme contraint ou abrutissement? Il est accompagné de dix musiciens, un super ensemble qui suscite d’entrée l’enthousiasme. 

Le chauffeur de taxi Miguel enclenche le prochain CD de salsa. Nous avons de la peine à supporter la ritournelle! Jacko et Madonna n’ont-ils pas trouvé le chemin des clubs de La Havane? «Euhm, marmonne Miguel, et de la house?» Il connaît une boîte de techno, le «11 y 4». Le jour, c’est un snack-bar, le soir, DJ Joyvan y est à l’oeuvre. Il a introduit la scène house à Cuba et est connu pour ses raves sur le Malecón. Il va chercher sa musique sur les iPods des touristes – il ne peut pas se la procurer autrement. C’est ici que se retrouve la scène alternative, des étudiants, des artistes. On voit beaucoup de rastas et peu de peau. Nous ne sommes pas autorisés à photographier. La peur de voir des photos de plafonds en piteux état circuler à l’étranger est trop grande. Un supermarché totalement vide se trouve à côté du «11 y 4» – seules huit boîtes de thon trônent sur les rayons. Todo por la Revolución?

Exceptionnellement de la musique rock

Il est 4 heures du matin. Le chauffeur Miguel fait un dernier détour par Miramar, au Don Cangrejoun, un club en plein air avec piscine, directement au bord de la mer. Les femmes y portent de longues robes, des Européennes vêtues avec style, essentiellement des employées des ambassades. Le musicien Sting et l’acteur Benicio del Toro ont déjà été vus ici. Moins de sexe, plus de musique – et pas de salsa: le rocker David Torrens divertit le public avec sa guitare électrique stridente. Il fait lourd, la brise marine apporte un peu de fraîcheur. Et il ne faut pas attendre longtemps avant de voir les premiers plongeons tout habillés dans la piscine.

La version originale de cet article est parue dans la publication de Kuoni «Link». 
Photos: DER Touristik Suisse SA

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