Thaïlande, paradis de l'escalade

L’art de lâcher prise en Deep Water Soloing

Auteur

Harald Schreiber

Harald Schreiber est un sportif de montagne passionné de voyages. Il a un diplôme d’histoire et de linguistique de l’université de Bâle. Pour l'heure il est conseiller en communication pour une entreprise suisse. Il organise ses loisirs le plus souvent possible dans les montagnes sur toute la planète. Selon la saison, il emporte avec lui des skis, des chaussures de randonnée ou des chaussures d’escalade. L’aspect sportif de son activité lui permet de voyager dans des pays lointains en dehors des sentiers battus et fait de lui un intermédiaire fiable pour le contact avec les autochtones.

Il ne faut surtout pas regarder en bas. Les doigts humides de sueur glissent peu à peu de la roche chaude. Chaque millimètre de contact perdu avec la roche déclenche des vagues de panique qui traversent tout le corps. En dessous, très loin en dessous de moi, la surface de la mer scintille sous le soleil. Mes oreilles perçoivent les clameurs feutrées de mes amis depuis le bateau. Avec les avant-bras en feu, je me ressaisis, je positionne soigneusement le bout des orteils des chaussures d’escalade et je me hisse encore un mètre plus haut. Soudainement, mon pied droit glisse et, le temps d’un battement, mon cœur s’arrête. Je tombe.

Alors que mon corps fonce avec une accélération de 9,8 m/s2 dans l’air chaud et humide de l’Asie du Sud-Est, les spectateurs sur le petit bateau se taisent subitement. Même si dans l’escalade Deep Water Solo, DWS en abrégé, la question de la chute n’est pas « si ? » mais « quand ? », une dégringolade involontaire depuis de grandes hauteurs est toujours un spectacle fascinant pour tous les participants. Ce sport consiste à grimper seul et sans corde (= solo) au-dessus des eaux profondes, équipé uniquement de chaussures d’escalade. Le choix de la route pour le DWS est largement libre, de même que le choix de la hauteur à atteindre.

Quelques heures auparavant, lorsque j’étais assis au petit déjeuner sur la plage de Ton Sai avec mes deux compagnons et que je défendais les bananes fraîches contre des singes insolents, nous ne savions pas encore exactement à quoi nous attendre. Le petit village du sud de la Thaïlande est connu des escaladeurs pour la variété de ses voies d’escalade et pour son ambiance décontractée. En plus du mélange de plage et d’escalade, nous avons été particulièrement attirés par les nombreuses possibilités du DWS. Lorsque, à 10 h du matin, nous sommes montés à bord du « longboat » motorisé avec six autres escaladeurs et deux guides, le suspense était d’autant plus vif.

Les jambes fermées et les bras pressés contre le corps, j’ai touché la surface et je me suis enfoncé. Les eaux turquoise sont chaudes et ralentissent immédiatement ma chute. Néanmoins, il faudra trois mouvements de nage énergiques pour remonter à la surface. Lorsque ma tête transperce la surface et que j’aspire avidement l’air, des applaudissements éclatent sur le bateau. Un guide thaïlandais vient à moi sur son canoë, lève la main en geste de « high five » et rit à travers ses dents de traviole : « Next time more high ! » 

Les possibilités de tester non seulement la forme d’escalade, mais également la force mentale, sont nombreuses. Un grand nombre des itinéraires prédéfinis ne se terminent qu’à une hauteur de plus de 10 mètres et peuvent généralement être prolongés à volonté vers le haut. Certains classiques locaux vont même jusqu’à une hauteur de 20 mètres. Toutefois, les sorties incontrôlées de ces hauteurs doivent, dans la mesure du possible, être évitées.

Ton Sai se trouve un peu au sud de Krabi sur la Thaïlande continentale, mais en raison de la jungle impénétrable il ne peut être atteint que par bateau de la station balnéaire d’Ao Nang. Seule une petite partie de la jungle sépare Ton Sai de Railley Beach, qui est louée dans de nombreux récits de voyages comme l’une des plus belles plages de Thaïlande. Malgré la proximité, les deux endroits ne pourraient pas être plus différents. Tandis qu’à Railley les touristes d’un jour et les complexes hôteliers prédominent, le rythme de vie à Ton Sai est tout autre. La plupart des hébergements sont simples et bon marché, seuls quelques bungalows sont climatisés. En revanche, des hamacs et des slacklines sont tendus entre les arbres et les sentiers de la jungle sont fermement entre les mains de clans de macaques voleurs. Avec un peu de chance, les observateurs attentifs peuvent apercevoir des iguanes de proportions préhistoriques, qui s’ébattent de préférence dans le lit du ruisseau. Ceux qui passent leurs vacances à Ton Sai veulent soit décélérer activement, soit faire de l’escalade.

Après des heures et des heures d’une boucle sans fin de l’escalade, de retombées, de plongée, de natation et d’escalade, nous revenons épuisés à la plage de Ton Sai. Nos gorges, desséchées par l’eau salée et le soleil, sont assoiffées pour une Singha fraiche, sirotée sur les lits en bois devant le Freedom Bar, offrant une vue parfaite sur la plage, la mer et les rochers d’escalade. Le soleil s’enfonce dans la mer, pendant que l’on discute des actions du jour et que les Singhas se suivent. Lorsqu’il fait enfin nuit, les habitants et les escaladeurs se rassemblent sur la plage, munis de lanternes en papier blanc. Il est temps pour la Loi Krathong, la fête thaïlandaise des Lumières. Symboliquement, les mauvaises pensées sont écartées avec les lanternes volantes, tandis que l’âme restée derrière, ainsi purifiée, peut recommencer. Nous allumons également les combustibles de nos lanternes et retenons l’enveloppe en papier à la verticale jusqu’à ce qu’elle se remplisse d’air chaud et lui permette de s’envoler toute seule. Puis nous nous tenons tous debout sur la plage, la tête en arrière, regardant les lanternes qui échappent sans effort à la gravité contre laquelle nous nous sommes battus toute la journée.

Photos : Harald Schreiber

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