Le paradis au bord de la rizière

Des moments de bonheur à Bali

Auteur

Claudius Wirz

Après une formation de libraire, Claudius Wirz a travaillé pour plusieurs maisons d’édition et groupes de presse. Depuis 5 ans, il réalise en freelance des reportages de voyage pour différents médias. En 2008, Claudius Wirz s’installe à Bali, en Indonésie - et c’est depuis ce nouveau pied-à-terre qu’il écrit pour elsewhere.

Partir à la recherche du paradis peut être épuisant. Après m’être frayé un chemin pendant des heures au milieu d’une circulation à la fois lente et chaotique, en tentant d’éviter voitures, bus, camions et tout particulièrement quelques milliers de motos, je suis sur le point d’abandonner tout espoir d’arriver à destination. C’est alors que je débouche sur le bord d’une rizière et j’en reste bouche bée. Le voilà, le paradis. Mon regard s’arrête sur les magnifiques rizières en terrasse, mes yeux découvrent le vert intense des plantes de riz, recouvertes de milliers de gouttes de rosée. Les gouttes scintillent telles des perles à la lumière du soleil matinal. Des palmeraies bordent les cours d’eau qui sillonnent les rizières, avec, en arrière-plan, le majestueux Gunung Batukaru, le deuxième volcan le plus haut de Bali. À Jatiluwih - ainsi se nomme ce paradis - le riz est cultivé depuis des siècles. C’est la région la plus rentable de Bali pour la riziculture. Le paysage en terrasse dispose d’un système hydraulique raffiné qui répartit uniformément l’eau fraîche en provenance du volcan sur l’ensemble des champs. Il y a deux ans, il a été inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Pour goûter à ce bonheur, il faut quitter le sud de Bali, le centre du tourisme de masse de l’île tropicale, et Kuta, sa célèbre plage de surf et ses attractions touristiques interchangeables qui lui ont fait perdre tout caractère authentique. Le vrai Bali d’origine est vivant, mais loin des centres touristiques : il se dévoile surtout à l’intérieur de l’île, au nord ou à l’est. Alors je me mets en route pour le nord de Bali, pour faire un trekking sur les volcans avec le suisse Daniel Elber, qui s’engage depuis dix ans dans une œuvre caritative.

L'air semble fraîchement lavés

Le jour vient de se lever lorsque nous quittons les bords du lac bleu du cratère Batur. L’air est pur et les oiseaux tropicaux nous offrent un joli concert. Devant nous, deux minces Balinaises en tongs marchent avec grâce et légèreté sur les roches volcaniques. Pour les heures qui suivent, les deux jeunes femmes seront nos guides pour escalader le volcan et, à les voir, personne ne pourrait se douter qu’elles sont d’anciennes mendiantes qui ont trouvé ce travail par l’intermédiaire du projet caritatif « Un avenir pour les enfants ». Pendant l’ascension, Daniel raconte qu’il a quitté son travail bien payé auprès d’une grande banque suisse après 35 ans de service, pour s’occuper, avec des experts locaux, de l’approvisionnement de l’eau sur le flanc nord du volcan Gunung Agung, le plus haut de Bali. Au lieu d’aller à l’école, les enfants sont obligés d’aller tous les jours chercher de l’eau à pied, ce qui leur prend des heures, et les femmes sont envoyées dans les centres touristiques pour mendier. Près de l’une des nouvelles installations hydrauliques de l’œuvre caritative, la moitié du village nous attend et nous offre des noix de coco toutes fraîches. Des grands yeux d’enfants et des sourires de vieilles Balinaises sans dents nous accompagnent sur notre chemin au pied du volcan. Fatigués mais heureux, nous y retrouvons notre chauffeur qui nous conduit à la mer, histoire de se rafraîchir avant d’amorcer le retour vers l’intérieur de l’île.

De retour à Ubud, le cœur culturel de Bali, je flâne dans cette petite ville très vivante, qui se situe à 1,5 heure de l’aéroport de l’île. Nichée au creux d’un riche paysage tropical, elle est souvent décrite comme un village d’artistes. Aujourd’hui, Ubud ressemble plus à une petite ville qu’à un village : boutiques de mode, cafés, restaurants et magasins de souvenirs bordent la route principale. La journée, les groupes de touristes qui arrivent en bus prennent d’assaut ce lieu pittoresque. Dès que le soleil se couche, la vie culturelle d’Ubud – probablement la plus riche de l’île - se réveille. Tous les soirs, de nombreux orchestres traditionnels, des groupes de danse et de théâtre se produisent devant des temples éclairés par des bougies ou dans d’agréables petits restaurants.

À Ubud et dans ses environs, on trouve aujourd’hui encore de nombreuses écoles et ateliers d’art, qui, jadis, faisaient la réputation du village. Le peintre Wayan Karja est un des artistes qui vit et travaille à Ubud. Je lui rends visite dans son atelier, situé en dehors de la petite ville. Wayan me prépare un thé noir très sucré et nous prenons place dans le magnifique jardin derrière son atelier. Il m’explique que la culture balinaise est étroitement liée à la religion. 95 % des Balinais sont hindous, ce qui représente une exception dans l’État insulaire musulman qu’est l’Indonésie. Des cérémonies et des rituels plus ou moins grands, célébrés avec passion pour les dieux de l’île, dictent la vie quotidienne. La notion d’équilibre est centrale - équilibre dans la relation avec Dieu et avec ses proches, équilibre avec la nature, la famille et la communauté du village. La foi hindoue repose entre autres sur la loi du karma et sur la réincarnation, raison pour laquelle les Balinais sont aussi paisibles, selon Wayan. Paysans à l’origine, les Balinais disposaient de beaucoup de temps libre, entre la culture et la récolte, temps qu’ils consacraient aux choses agréables de la vie : la musique et la danse, l’artisanat, la communauté, les discussions ou encore le combat de coqs.

Les Balinais aiment rire

Leur sens du jeu et des loisirs ainsi qu’une bonne dose d’humour font que les habitants de Bali aiment rire, et le font souvent, affirme Wayan en souriant. à ceux qui souhaiteraient se pencher plus en détail sur la culture balinaise, Wayan conseille la visite des musées Neka et Arma. Grâce à leurs très riches collections, les deux musées offrent un bel aperçu de l’évolution culturelle à Ubud et à Bali en général. La Komaneka Art Gallery, située sur la Monkey Forest Road, expose par ailleurs de passionnantes oeuvres d’art contemporain. Quant à la danse balinaise, on en a un bel exemple avec la danse mystique Kecak. Lorsque les 100 meilleurs danseurs de Bali se produisent dans l’amphithéâtre de l’hôtel de luxe ‘The Chedi Club’, cette danse donne de véritables frissons aux spectateurs.

Pour découvrir le caractère authentique de Bali, il faut impérativement faire une excursion dans l’est de l’île. Après la visite du splendide palais d’eau Taman Ujung à Amlapura - construit dans les années 1940 par le dernier roi de la région Karangasem et que les touristes ont souvent tendance à négliger -, je vais déjeuner dans le restaurant Bali Asli, magnifiquement situé.

La cuisine balinaise rencontre la plaisir de combination

Penelope Williams, cheffe de cuisine australienne novatrice, a réalisé son rêve, après avoir travaillé pour différents chefs internationaux. Penny, comme on l’appelle, cuisine uniquement des plats balinais, de manière traditionnelle sur le feu, et y ajoute des notes modernes, selon les envies. C’est un euphémisme de dire que la cuisine balinaise est pour elle une passion, explique Penny en riant de son amour inconditionnel pour les mets balinais.

Sur le chemin du retour, je m’arrête dans le village Bali Aga de Tenganan. Les habitants font partie de la première tribu balinaise, célèbrent d’autres rituels et cérémonies que sur le reste de l’île et sont connus pour leurs extraordinaires tissus double ikats, filés à la main. Pour cette fabrication compliquée, une femme nécessite jusqu’à deux ans de travail. Enthousiasmé par la délicatesse de ce tissu, je passe par le marché de Klungkung, la plus ancienne cité royale de Bali, et j’y achète un magnifique sarong multicolore et un udeng, un couvre-chef typiquement balinais que les hommes portent pendant les cérémonies.

Bali étant une île, difficile de ne pas évoquer au moins brièvement ses plages.  Pour se détendre au bord de l’eau, rien de tel que Jimbaran, situé au sud de l'aéroport. Les autochtones et les touristes profitent de la mer en contemplant le coucher du soleil, et les enfants sautent dans les vagues, tandis que le soleil disparaît lentement à l’horizon. Dès que les derniers rayons disparaissent, des bougies sont allumées sur les tables des innombrables restaurants de poisson qu’on trouve sur la plage. Le client choisit lui-même le poisson et les crevettes dans de grands bacs remplis de glaçons à l’entrée du restaurant, et ceux-ci sont ensuite grillés sur un feu de noix de coco et servis aux tables installées à même le sable. Et même lorsqu’il ne reste plus une bouchée du délicieux poisson,  rien ne presse : on s’attarde, bercé par le bruit des vagues  - et on oublie le temps.

 

Photos: Putu Sayoga / DER Touristik Suisse SA

Quoi de neuf: Manger et cuisiner comme un Balinais

Grâce à la popularité des livres et des émissions de cuisine, les cours de cuisine ont à nouveau le vent en poupe. À Bali, trois excellentes adresses permettent de se pencher intensément sur la cuisine de l’île. Les cours de la cheffe cusinière Penelope Williams sont particulièrement impressionnants et se tiennent dans son magnifique restaurant Bali Asli dans l’est de l’île. Avant le cours, les clients se rendent au marché local ou sortent en mer tôt le matin avec un pêcheur, pour cuisiner ensuite de manière traditionnelle dans la cuisine de Penny. Les plats sont consommés sur la terrasse du restaurant qui offre une vue imprenable sur les rizières. Sont également à recommander les cours de cuisine du cuisinier suisse Heinz von Holzen dans son restaurant Bumbu Bali à Tanjung Benoa. À Ubud, les cours dans le restaurant Casa Luna de l’auteur de livres de cuisine Janet de Neefe valent également le détour.

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