Nicaragua, un paradis en évolution

De chevaux sauvages, d'or liquide et de plages noires

Auteure

Alena Ehrenbold

Alena Ehrenbold partage sa vie entre la Suisse et la France. Surfeuse, productrice de film sur le surf et journaliste, ce professeur de lycée est pourtant une véritable globe-trotteuse et parcourt le monde presque en permanence. Elle écrit régulièrement pour divers magazines et produit des films de cinéma et des émissions de télévision.

Perdus sans panneaux

Cela fait presque une heure que nous errons sans but dans le labyrinthe des rues de Managua. Toutes les quelques centaines de mètres, se trouve une sortie dans un « barrio » (quartier de la ville), mais nulle part nous repérons un véritable panneau routier. La route à deux voies est fortement fréquentée. Un énorme camion rugit sur la voie de droite. L'un de ces colosses qui suit la Panamericana, avec un sang-froid apparemment stoïque, jusqu'à sa destination lointaine au Costa Rica ou au Panama. Certains sont vieux, rouillés, recouverts d'une épaisse couche de crasse. D'autres ont la peinture lustrée et brillante, et leurs tubes en acier chromé argenté scintillent au soleil. Entre les deux, il y a de temps à autre un vieux bus scolaire américain coloré. Ces bus sont utilisés ici comme moyens de transport public, bondés jusqu'au toit avec des personnes et des bagages. Je découvre également une charrette en bois devant laquelle trottent deux bœufs.

Sur la voie de gauche, nous roulons en compagnie de toutes les autres grandes voitures particulières climatisées avec quatre roues motrices et vitres teintées. Au feu rouge, des ananas parfaits semblent nous sourire de leur étal en bois. D'une sympathique femme souriante, qui se faufile agilement avec son plateau à travers les voitures, nous achetons deux des fruits savamment tranchés. Le soleil tape du ciel et le doux parfum des fruits tropicaux se répand lentement à l'intérieur de la voiture.

Dans une station-service, nous décidons de demander le chemin. Il n'y a toujours aucune trace d'un panneau de signalisation utile que nous aurions pu comparer à notre carte. Le petit garde de sécurité, dont l'énorme ventre semble presque exploser son uniforme gris, me sourit édenté. Après une courte discussion avec le pompiste de la station-service, il semble sûr que nous devrions emprunter la deuxième sortie du rond-point et ensuite continuer tout droit. En effet, après quelques ronds-points de plus, la circulation se dégage - nous avons échappé au moloch Managua.

Sous la canopée de Maderas

Notre première destination est Playa Maderas. Traversant la forêt sauvage, nous descendons doucement la route escarpée vers la plage. La lumière chaude du soleil de l'après-midi filtre à travers la dense canopée des vieux arbres. Le chaos de la circulation à Managua semble être à des années-lumière. Dès nos premiers pas dans le sable, la magie de l'endroit nous captive. La petite baie blottie au milieu des collines boisées, invite à la détente et à la rêverie. Nous prenons un cocktail coloré au bar et nous nous installons sur la plage. Un groupe de jeunes gens de la région joue au volley-ball et deux enfants barbotent dans l'eau chaude sous l'œil attentif de leur mère. Le ciel brûle orange-rouge. Pendant que le soleil s'enfonce lentement dans l’eau derrière les rochers, un homme jongle habilement avec deux bâtons de bois.

À pied, nous longeons la plage jusqu'au Maderas Village, car nous sommes invités au dîner en famille chez le new-yorkais, Matt Dickinson alias « Dickie ». De loin, les lumières baignent la forêt nocturne depuis de grandes maisons en bois. Il y a quelques années, Dickie et deux amis ont acheté un terrain sur le versant de Playa Maderas et ont construit, pour la famille et les amis, un petit village de villas recouvertes d'énormes toits de palmiers. Nous prenons place à la longue table en bois et nous entrons aussitôt en conversation avec nos voisins. À côté de moi, est assise une jeune écrivaine new-yorkaise branchée. De l'autre côté, un jeune couple, tous deux travaillant à l’ONU. Maderas Village est un lieu pour les « doers and thinkers » comme on peut le lire sur leur page d'accueil. Des gens du monde entier viennent ici pour se ressourcer ou pour s’inspirer de la nature intacte.

Le long du fil barbelé

Après quelques jours, nous avons repris la route et nous nous dirigeons un bout vers le nord pour un moment. La route non asphaltée est bordée des deux côtés par d'épais poteaux de bois avec des barbelés rouillés. Un grand troupeau de vaches broute dans le pâturage. Sous le seul arbre tamarinier ombragé se dressent deux chevaux amaigris. Maintenant, après la saison des pluies, il y a suffisamment d'herbe pour les animaux. Mais ce n'est pas toujours le cas. Un paysan que je rencontre lors d'une promenade me raconte que tous les six ou sept ans environ, une sécheresse frappait le pays. Les paysans n'avaient pas d'autre choix que d'abattre tout leur troupeau — à l'exception des animaux les plus robustes — afin de pouvoir recommencer l'élevage après la saison des pluies. Aujourd'hui, les sécheresses seraient de plus en plus fréquentes.

Tous les quelques kilomètres, nous passons un hameau. Des maisons en béton peint, des maisons aux toits de tôle ondulée et de simples cabanes en bois bordent le chemin. Nous nous arrêterons brièvement pour acheter une bouteille d'eau. Une femme aux cheveux noirs et aux grands yeux en amande pétrit son linge dans un grand baquet. Sa fille suspend les vêtements propres sur une corde à linge. Tels des drapeaux colorés de toutes tailles — du grand T-shirt XL du père à la barboteuse du plus petit membre de la famille — ils dansent dans le vent qui souffle des grands lacs à l’intérieur du pays vers la mer. Je remarque un groupe de cochons qui se vautrent tranquillement dans la boue. Un magnifique coq et ses compagnes picorent des grains entre les maisons. De grands filets de pêche sont accrochés entre les arbres comme des toiles d'araignée surdimensionnées. Un pêcheur vérifie soigneusement filet par filet et répare les trous avec du fil bleu.

En croissance

Lorsque nous tournons dans l'entrée de l’Hacienda Iguana, le club de golf près de Playa Colorado, un autre monde s’ouvre à nous. Nous visitons Anny et Tom, un couple californien qui s'est acheté un appartement au club de golf il y a trois ans. Une oasis entre des espaces verts bien entretenus et les forêts d'origine, d'où retentit au matin, le fameux hurlement des singes hurleurs. Anny est une artiste et peint jusqu'au moindre détail, des sculptures de bois flotté. Tom monte une brasserie dans le village voisin, joue au golf et se balance de temps à autre sur sa planche de surf. Le développement économique, le tourisme et l'essor du marché immobilier qui en découle n'ont fait leur apparition au Nicaragua que depuis une vingtaine d'années. Auparavant, le conflit entre les Sandinistes et les Contras soutenus par les États-Unis, avait tenu le pays en haleine et fait fuir les investisseurs occidentaux. Maintenant, la région est en plein essor et le Nicaragua semble se transformer en nouveau Costa Rica. Partout, des hôtels, des boutiques, des cafés et des restaurants de style occidental font leur apparition.

Collier de perles et or liquide

Une fois de plus, nous avons mis notre baluchon sur la camionnette et sommes partis plus au nord vers la région de Chinandega, où nous passerons les derniers jours de notre voyage. Comme souvent, le chemin est le but. Nous nous arrêtons, impressionnés, au bord du grand lac d'eau douce de Managua. Il abrite non seulement diverses espèces de cichlides, mais il est également le seul lac d'eau douce où les grands requins-bouledogues se sont établis. Au loin, derrière l'eau vert-brun agitée par le vent, se dressent les deux volcans Momotombo et Momotompito. Du sud au nord, la côte est bordée de volcans. Un collier de perles de lave qui longe l'océan Pacifique.

À l'approche de Chinandega, le paysage se transforme. Les sols fertiles et le climat favorable permettent la culture de l'oranger, de la canne à sucre, de la banane et du coton. Peu avant Chinandega se trouve Chichicalpa, où l'on produit un des symboles du Nicaragua — la Flor de Caña — l'or liquide du Nicaragua. L'histoire du rhum remonte à 1890. Aujourd'hui, l'entreprise est dirigée par la cinquième génération de la famille Pellas.

Dans le sud du pays et autour de Managua, on trouve souvent des récifs déchiquetés le long de la côte. Des arêtes rocheuses acérées, baignées par une eau chaude qui scintille comme du mercure liquide entre la pierre brune. Dans cette région du nord, le paysage se caractérise par des plages de sable noir. Nous étendons nos serviettes de plage et couronnons la journée avec un verre de Flor de Caña, puisé de la glacière que nous avons prise avec nous. Un troupeau sauvage de chevaux descend à la plage pour se désaltérer à la rivière pour aussitôt disparaître dans les fourrés derrière les dunes de sable. Entre août et décembre, des milliers de tortues de mer débarquent sur la côte du Nicaragua et enterrent leur ponte dans le sable. Au bout de quelques semaines d'incubation, les mini tortues éclosent et tentent de se jeter à la mer aussi rapidement que possible. Mais, depuis peu, ce cycle naturel est également perturbé au Nicaragua. Souvent, les tortues se retrouvent sur une plage obstruée ou, irritées par l'éclairage d'un complexe hôtelier, ne trouvent pas leur chemin vers l'eau. Une espèce animale ancienne rencontre notre monde moderne - le dénouement est incertain. Je savoure une autre gorgée de rhum corsé et il me semble que cela ne s'applique pas seulement aux créatures marines à carapace, mais à l'ensemble du Nicaragua.

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